Réforme DPE 2026 : pourquoi le coefficient électrique change tout
En janvier 2026, une modification technique en apparence discrète produit des effets concrets sur des millions de logements en France : le coefficient de conversion de l'électricité en énergie primaire passe de 2,3 à 1,9. Derrière ce changement de chiffre se cachent des reclassements DPE significatifs, des conséquences juridiques importantes pour les propriétaires, et une géographie très inégale des communes touchées.
Pour comprendre l'enjeu, il faut rappeler comment fonctionne le DPE : il mesure la consommation d'énergie primaire d'un logement, c'est-à-dire l'énergie nécessaire à la production de l'énergie finale utilisée. L'électricité étant produite à partir de diverses sources (nucléaire, renouvelables, gaz), un coefficient multiplicateur est appliqué pour remonter à cette énergie primaire.
Avec un coefficient de 2,3, un logement qui consommait 100 kWh d'électricité était comptabilisé à 230 kWh d'énergie primaire. Avec 1,9, cette même consommation n'est plus comptée qu'à 190 kWh — soit une baisse de 17 % de la consommation d'énergie primaire comptabilisée.
Qui est gagnant et qui est perdant dans cette réforme ?
Les logements gagnants : les chauffages électriques
Les logements chauffés exclusivement à l'électricité (convecteurs, plancher chauffant, pompe à chaleur) sont les grands gagnants de cette réforme. Leur consommation d'énergie primaire diminue mécaniquement, ce qui peut faire remonter leur classe DPE d'un ou deux niveaux.
Concrètement :
- un logement classé E avec chauffage électrique peut passer en D ou même en C si ses autres caractéristiques sont correctes,
- un logement classé F peut passer en E ou D, sortant ainsi du périmètre d'interdiction de location.
Pour un propriétaire dont le bien était en limite de classe, ce changement peut signifier des dizaines de milliers d'euros de travaux évités.
Les logements perdants : les chauffages au gaz et au fioul
À l'inverse, les logements chauffés au gaz naturel ou au fioul ne bénéficient pas de ce coup de pouce. Leurs coefficients de conversion restent inchangés. Dans un contexte où de nombreux logements électriques remontent de classe, les biens au gaz se retrouvent relativement déclassés par rapport à leurs voisins électriques.
Un logement au gaz classé D qui était en compétition avec un logement électrique classé E se retrouve désormais comparé à ce même logement en classe D ou C — sa position concurrentielle se dégrade.
Géographie des communes les plus impactées
Les facteurs déterminants par territoire
L'impact de la réforme n'est pas homogène sur l'ensemble du territoire. Plusieurs facteurs expliquent les disparités géographiques :
1. La part de chauffage électrique dans le parc
Les communes et régions où le chauffage électrique est majoritaire bénéficieront le plus de la réforme. Historiquement, le chauffage électrique est dominant :
- dans les constructions des années 1970-1990 (période où l'électricité nucléaire était bon marché),
- dans les zones d'habitat collectif,
- dans le Sud de la France où les besoins de chauffage sont moins intenses.
2. L'ancienneté du parc immobilier
Les communes avec un parc très ancien (avant 1948) ont souvent des logements qui ont été rééquipés en électrique lors de rénovations partielles. Ces biens peuvent basculer d'une classe à l'autre selon le coefficient.
3. La proportion de logements en limite de seuil de classe
Les communes où beaucoup de logements sont en limite entre deux classes DPE (par exemple entre 250 et 330 kWh/m²/an pour la frontière D/E) verront le plus de reclassements.
Conséquences pour les propriétaires-bailleurs
Des interdictions de location levées… ou non
La réforme peut avoir un impact direct sur le calendrier d'interdiction de location. Un logement classé G ou F qui remonte d'une classe suite au changement de coefficient peut sortir temporairement du périmètre d'interdiction.
Cependant, attention : la réforme ne lève pas l'interdiction pour les logements intrinsèquement énergivores. Un logement mal isolé avec des fenêtres à simple vitrage et un système de chauffage vétuste restera mal classé même avec le nouveau coefficient.
La nécessité d'un nouveau DPE
Pour bénéficier officiellement du nouveau coefficient, il faut faire réaliser un nouveau DPE par un diagnostiqueur certifié. Les anciens DPE (réalisés avec le coefficient 2,3) ne sont pas automatiquement mis à jour.
Pour un propriétaire dont le bien était classé F ou G avec un chauffage électrique, commander un nouveau DPE dès 2026 peut être une démarche stratégique avant toute décision de vente, mise en location ou travaux.
Impact sur la valorisation des biens
Les biens qui remontent de classe DPE suite à la réforme gagnent en attractivité commerciale. Un logement qui passe de E à D dans une ville où les acheteurs sont sensibles au DPE peut bénéficier d'une prime de valeur lors de la revente.
À l'inverse, les biens au gaz qui stagnent ou progressent moins vite que leurs équivalents électriques pourraient subir une légère décote relative dans certains segments de marché.
Comment adapter sa stratégie d'investissement
Avant d'acheter : anticiper le DPE post-réforme
Pour tout bien en cours d'acquisition, demandez si le DPE a été réalisé avec l'ancien (2,3) ou le nouveau (1,9) coefficient. Si l'ancien coefficient a été utilisé, simulez mentalement l'impact : si le bien est chauffé à l'électricité, sa classe réelle avec le nouveau coefficient est probablement d'un niveau supérieur à ce que le DPE affiché indique.
Identifier les villes avec un fort taux de chauffage électrique
La combinaison de :
- un fort taux de passoires thermiques (parce que le parc est ancien),
- mais avec chauffage électrique dominant,
peut créer des opportunités de correction de classe à moindre coût : refaire le DPE après réforme peut suffire à reclasser le bien sans travaux, ou après des travaux légers.
Utiliser les données IndiceVille pour repérer les communes concernées
Sur chaque fiche ville, les données DPE (DPE moyen, part de passoires) ont été mises à jour pour refléter les nouvelles données DPE v2 de l'ADEME. Le bandeau DPE 2026 sur les fiches ville vous signale les communes dont les statistiques sont susceptibles d'évoluer suite à la réforme.
FAQ — Réforme DPE 2026
Mon DPE actuel est-il encore valable après la réforme ?
Oui, les DPE réalisés avec le coefficient 2,3 restent légalement valables jusqu'à leur date d'expiration (10 ans à compter de la réalisation). Cependant, pour bénéficier de la nouvelle classe potentiellement meilleure, il faut commander un nouveau DPE.
La réforme s'applique-t-elle aux DPE collectifs ?
Oui, la modification du coefficient électrique s'applique également aux DPE collectifs des copropriétés. Les copropriétés qui doivent réaliser leur DPE collectif en 2026 bénéficieront automatiquement du nouveau coefficient.
Est-ce que tous les logements électriques vont remonter de classe ?
Non. Seuls les logements en limite de seuil de classe peuvent changer de classe suite à la réforme. Un logement électrique très énergivore (mauvaise isolation, chauffage consommateur) restera dans une mauvaise classe même avec le coefficient 1,9. L'isolation et la qualité du système de chauffage restent les facteurs les plus déterminants.
Faut-il attendre la réforme pour faire des travaux de rénovation ?
Il est préférable de faire réaliser un nouveau DPE avant d'entreprendre des travaux, pour disposer d'une base de départ précise avec le nouveau coefficient. Dans certains cas, le nouveau DPE peut révéler que les travaux envisagés ne sont plus nécessaires pour atteindre la classe cible.